Installer des toilettes sèches à la maison. Pourquoi, comment ? Ce qu’il faut savoir

On les appelle toilettes écologiques, toilettes à compost, toilettes à litière ou, plus communément, toilettes sèches et elles ont de plus en plus la cote. La raison est bien simple. Comme son nom l’indique, ce type de toilettes n’utilise pas d’eau. Une solution 100% économique mais aussi écologique. Grâce aux toilettes sèches, on utilise moins d’eau du réseau (rappelons le, l’eau deviendra une denrée rare), on ne participe plus à la surexploitation des stations d’épuration énergivores et surtout… On valorise ses déchets organiques en le transformant en compost ou en méthane (via la biométhanisation). C’est pas beau tout ça ? Facile à mettre en place et légal (il y a tout de même une législation à connaître à ce sujet), ce système est révolutionnaire. Enfin, ne nous le cachons pas, on réinvente un peu la roue quand même. Il convient juste de lever quelques doutes et freins psychologiques.

Vous souhaitez installer des toilettes sèches à la maison ? N’attendez plus et suivez le guide !

Sciure
La sciure de bois, une richesse pour les toilettes sèches klikovam / Pixabay

Toilettes sèches, une méthode ancestrale

Ben oui, enfonçons des portes ouvertes. Il n’y a que peu de temps que nous faisons nos besoins dans de l’eau potable. Alors que le monde est en stress hydrique (pénurie d’eau), pouvons-nous encore nous le permettre ? Nos animaux de compagnie n’utilisent pas de toilettes et les animaux de la ferme non plus. Et depuis la nuit des temps, le crottin et le purin est composté et épandu sur les champs afin de nourrir le sol. Avec les toilettes sèches, nous réinventons en quelques sorte la roue. Il s’agit même de rétropédaler, de retourner un peu en arrière. Mais pour la bonne cause.

Les nombreux avantages des toilettes sèches

Les toilettes sèches présentent de nombreux avantages. Il s’agit tout d’abord g^race à eux de réaliser des économies d’eau. Elles permettent ensuite une gestion écologique des rejets domestiques et la fabrication de compost gratuit pour le jardin. Il s’agit d’une solution pour équiper les maisons et lieux reculés… Et bien plus encore !

Des économies d’eau grâce aux toilettes sèches

Une chasse d’eau contient en moyenne une dizaine de litre d’eau. A chaque fois que nous la tirons, c’est autant d’eau POTABLE que nous envoyons dans les égouts. L’eau coûte en moyenne 3,50 le m3. A priori, le coût d’une chasse d’eau est minime, mais pour une famille de 4 personnes, c’est en moyenne 16 chasses d’eau par jour, soit près de 160 litres de perdu. A ce train là, c’est 1 m3 tous les six jours (ou tous les 12 jours pour les chasses d’eau les moins gourmandes). Coût moyen à l’année : 213 euros tout de même !

Ne plus charger les stations d’épuration et respecter le cycle naturel de l’eau : un must en termes d’écologie

Faire tourner une station d’épuration demande de l’énergie. Or, avec de l’eau comportant des excréments, elles tournent à plein régime pour les dégrader et pour supprimer les bactéries que nous rejetons par ce biais. Consommer moins d’énergie est écologique ! De surcroît, grâce aux toilettes sèches créant du compost, nous rendons à la terre ce que nous lui avons pris. L’eau contenu dans les selles et l’urine s’évaporent et rejoignent le cycle de l’eau.

Les toilettes sèches : ou comment transformer un déchet en or

Les déjections sont des déchets que nous n’aimons, a priori, plus voir. Un petit coup de chasse et adieu petite ou grosse commission ! Sauf que les déjections et les urines sont pleins de nutriments pouvant créer un excellent amendement pour le jardin. Composté un certain temps, l’urine, les selles et la sciure des toilettes sèches nourrissent le jardin et permettent d’obtenir de beaux légumes. Une fois mangés et digérés, ces légumes redeviennent à leur tour compost… C’est un cycle vertueux. Grâce aux toilettes sèches, nous rendons tout simplement à la terre les nutriments que nous avons prélevés.

Vous ne cultivez pas ? Vous ne disposez pas de potager ? A coup sûr, un voisin jardinier sera bien content de collecter la litière ou le compost.

Autre point positif : les excréments sont gorgés de méthane. En se décomposant, ils créent un biogaz que l’on peut valoriser grâce à la bio-méthanisation. Ce gaz peut servir de source d’énergie et être transformé avec un équipement idoine, en électricité par exemple.

Pas d’eau = pas de problème de gel dans les toilettes

Vos canalisations sont mal isolées, vous habitez une zone géographique froide ? Les toilettes sèches sont la solution pour éviter les problèmes de canalisations gelées !

Possibilité de poser des toilettes dans un lieu non raccordé aux égouts

Vous disposez d’une cabane en pleine nature ou votre maison n’est pas raccordée aux égouts ou au circuit d’alimentation en eau ? Pas grave, vous disposerez tout de même de cabinets d’aisance au top grâce aux toilettes sèches.

Ces équipements font déjà fureur dans des zones touristiques reculées ou dans les festivals. Cela évite par ailleurs d’utiliser des toilettes chimiques (toilettes de caravane, toilettes de chantier) néfastes pour la nature.

Il peut certes paraître possible de faire ses besoins dans la nature si vous disposez d’une cabane, par exemple. Mais les besoins déposés dans des latrines sauvages risquent de contaminer les nappes et les cours d’eau et ne sont pas très hygiéniques. Gare aux nuisances et aux épidémies ! Certains pays en voie de développement en savent quelque chose et ne jurent qu’en termes de toilettes sèches.

Par ailleurs, en raison du phosphore et de l’azote dégagés par les déjections, ces dernières peuvent eutrophier les rivières et bouleverser voire anéantir les écosystèmes.

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Alexas_Fotos / Pixabay

Les inconvénients des toilettes sèches

Les toilettes sèches présentent quelques inconvénients, certes, mais minimes. Ces derniers résultent principalement de clichés et d’idées reçues.

Des freins psychologiques : la peur des odeurs et une forme de scatophobie

Deux freins psychologiques empêchent pour le moment la démocratisation des toilettes sèches : la peur des odeurs et le stress par rapport à la gestion des « déchets ».

Dans un premier temps, attaquons-nous directement à une idée reçue : les toilettes sèches ne dégagent pas d’odeurs. A part peut être une odeur de sciure de bois. Donc, ça sent bon ! Les plus apeurés à ce propos installent la VMC directement dans les toilettes. Zéro odeurs garanti !

Quant à la gestion des déchets, le fait de devoir transporter un seau de caca tous les 4 jours peut constituer un frein. Sauf que ça ne sent pas mauvais lorsque l’on n’hésite pas à mettre dans les toilettes de la sciure. Pour être certain que le seau ne soit pas imprégné d’odeurs, il est nécessaire de se tourner vers un seau métallique (inox) et non un seau en plastique. A défaut, il est toujours possible de faire des rotations entre deux seaux. Pendant qu’un seau respire dehors, un seau est placé dans le box-toilettes et vice-versa.

Des freins sociétaux

Culturellement, les toilettes sèches peuvent avoir du mal à « passer ». Il y a un sacré blocage culturel à s’asseoir au-dessus d’un tas de sciure pour faire ses besoins et de savoir que ces besoins demeurent là jusqu’à la vidange. C’est aussi la peur du regard des autres. Si l’on reçoit des invités chez soi, comment vont-ils réagir face à ces toilettes ? Ceux-ci ne seront-ils pas rédhibitoires ? Vont-ils revenir ? A l’extrême, n’est-ce pas un facteur d’exclusion ?

Grosso modo, il ne faut pas s’en faire. Avoir des toilettes sèches, c’est être un peu en avance sur son temps ! Plus tard, parions sur sa démocratisation. On en trouve partout dans les festival, parfois sur les aires d’autoroute (et c’est plus propre que dans les toilettes dits « normaux »!) La Suède a su outrepasser ces freins. Les toilettes sèches sont en effet parfaitement entrés dans les mœurs des suédois.

Un peu de travail supplémentaire… Qui n’est rien !

Certes, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour tirer la chasse d’eau. Mais pour une famille de 4 personnes, cela ne nécessite qu’une vidange tous les 4 jours, soit 4 minutes de travail chrono en main…

Un besoin de sciure

Il faut prévoir plus ou moins 0,6 m3 de sciure par an et par personne. Ce n’est pas rien ! Mais le coût de la sciure est faible. Il est également possible d’en récupérer chez l’ébéniste, la scierie ou chez le charpentier du coin. Il faut toutefois vérifier que le bois soit naturel. Traité, il pourrait contaminer le compost et ensuite le sol de votre potager. Il est également nécessaire de stocker la sciure non utilisée dans un endroit sec et prévoir quelques m2 de terrain pour le compost. Cette solution n’est donc que très peu adaptée pour un milieu urbain. En milieu semi-urbain, si vous n’avez pas ou peu de jardin, certaines communes organisent des ramassages de déchets issus de l’utilisation des toilettes sèches.

Plusieurs modèles de toilettes sèches

Il existe différents modèles de toilettes sèches à compost : les toilettes à sciure simples et les toilettes à séparation des urines.

Les toilettes sèches à sciure : le choix le plus simple

Simple à mettre en œuvre, il suffit d’un box ou caisson pour y glisser un seau en inox, l’habillage de ce seau avec une lunette rabattable… Et voilà ! Dans ce type de toilettes, urines, selles et sciure (ou copeaux fins) sont mélangés avec le papier toilette (il faut choisir un papier écologique soit dit en passant!). Le tout est complémentaire. L’urine, par exemple, participe à la réduction les odeurs en permettant le compostage grâce à l’humidité qu’elle produit. Toutefois, une stagnation des urines dans le fond du seau ou des toilettes saturées en urines produit l’effet inverse. C’est pourquoi la sciure doit toujours être versée avant le pipi afin qu’il soit absorbé, et non après. Pour les selles, c’est bien sûr l’inverse… C’est aussi plus respectueux pour l’utilisateur suivant !

Toilettes sèches à séparation des urines

On l’appelle toilettes sèches à séparation d’urines ou, plus classe, à séparation à la source. Il s’agit d’un système à deux entrées : l’une à l’arrière des toilettes pour les selles, et une autre à l’avant pour les urines. Chacun est donc obligé avec ce système de faire ses besoins assis. Les urines peuvent s’en aller directement dans le circuit d’eaux usées (bien plus écologique, car, contrairement aux selles, les eaux mêlées uniquement d’urines sont moins difficile à traiter par les stations d’épuration). Les urines peuvent aussi, si pas de raccordement possible, rejoindre un réservoir à vidanger. La vidange doit être réalisée dans les règles de l’art: en faisant appel à un vidangeur agréé). Concernant les selles et le papier toilette, elles tombent dans un conteneur spécifique placé sous les toilettes (conteneur enterré ou non). Dénués d’urine et donc d’eau, les matières solides se déshydratent, se transforment en poudre et perdent énormément de volume. Cela permet de réduire les odeurs, notamment lorsque le réservoir placé sous les toilettes est profond.

Fréquence de vidange faible

Selon la taille du conteneur, les déchets doivent être évacués. Mais contrairement aux toilettes à sciure, la fréquence des vidanges se compte en mois voire en années. Le traitement des résidus dépendra forcément des règles sanitaires locales, mais, généralement, les selles sèches constituent un compost directement utilisable au bout de deux ans.

Cette méthode est sympa, pratique, mais plus technique à mettre en place et plus onéreuse en comparaison aux toilettes sèches à sciure.

Les toilettes sèches et le droit : quelle réglementation ?

Pour le moment, l’usage des toilettes sèches demeure peu réglementé. Le droit se renforcera forcément en cas de démocratisation du système en raison des « débordements »…

Aujourd’hui, le seul texte régissant l’usage de toilettes sèches publiques ou privés en France est régi par l’article 17 de l’arrêté du 7 septembre 2009. Il s’agit de l’arrêté fixant les prescriptions techniques applicables aux installations d’assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j).

Ce que dit l’article 17 de l’arrêté du 7 septembre 2009:

« Par dérogation aux articles 2 et 3, les toilettes dites sèches (sans apport d’eau de dilution ou de transport) sont autorisées, à la condition qu’elles ne génèrent aucune nuisance pour le voisinage ni rejet liquide en dehors de la parcelle, ni pollution des eaux superficielles ou souterraines.

Les toilettes sèches sont mises en œuvre :

soit pour traiter en commun les urines et les fèces. Dans ce cas, ils sont mélangés à un matériau organique pour produire un compost ;

soit pour traiter les fèces par séchage. Dans ce cas, les urines doivent rejoindre le dispositif de traitement prévu pour les eaux ménagères, conforme aux dispositions des articles 6 et 7.

Les toilettes sèches sont composées d’une cuve étanche recevant les fèces ou les urines. La cuve est régulièrement vidée sur une aire étanche conçue de façon à éviter tout écoulement et à l’abri des intempéries.

Les sous-produits issus de l’utilisation de toilettes sèches et après compostage doivent être valorisés sur la parcelle et ne générer aucune nuisance pour le voisinage, ni pollution. 

En cas d’utilisation de toilettes sèches, l’immeuble doit être équipé d’une installation conforme au présent arrêté afin de traiter les eaux ménagères. Le dimensionnement de cette installation est adapté au flux estimé des eaux ménagères. »

En résumé

Ainsi, les toilettes sèches sont autorisées y compris dans les habitations raccordées au réseau d’assainissement collectif. Bien sûr, sous réserve qu’elles ne génèrent aucune gêne pour le voisinage (prévoir une zone ombragée, éloignée de la limite de terrain entre vous et votre voisin, renouveler régulièrement l’apport en végétaux…).

L’arrêté précise que les selles et urines doivent être recueillies dans un seau ou une cuve étanche. L’aire de compostage se doit d’être, elle aussi, étanche. Il va sans dire que le compostage hors sol prend bien plus de temps que lorsqu’il y a échange avec la terre… Ainsi, certaines aires planes ne provoquant pas d’écoulement et ne créant pas de pollution peuvent être tolérées, à discrétion…

Une autorité, la SPANC

Pour installer des toilettes sèches, il est donc préférable de se tourner au préalable vers les autorités de contrôle : le service public d’assainissement non collectif (SPANC). Ce service a, entre autres, pour vocation de contrôler les installations en amont du projet puis à fréquence régulière. Les agents vérifient dans ce cas notamment que les toilettes et installations ne génèrent pas de nuisance pour le voisinage, de rejet liquide en dehors de la parcelle et ne créent pas de pollution des eaux souterraines ou de surface.

Autres réglementations diverses

En cas d’installation d’un toilette d’extérieur avec un petit bâtiment, attention aux règles d’urbanisme ! Celles-ci exigent, selon la situation, la déclaration préalable de travaux ou un permis de construire.

Certaines règles spécifiques liées à la zone géographique d’implantation peuvent également être contraignantes : parcs naturels, zones protégées…

Le compostage : tout un art

Le compostage de litière de toilettes sèches est une tâche nécessitant de l’expérience et certaines connaissances. Chaque matière dégage des apports différents et un bon compost relève d’un jeu d’équilibriste. S’il est encore mal maîtrisé et qu’il contient des déchets organiques issus de litières, mieux vaut éviter d’utiliser ce compost pour les légumes. Il aura par contre toute sa place dans les jardins d’ornement ou au pied des arbres (fruitiers ou non) et des arbustes.

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